Y a t-il une différence entre sorcier et mage ? Y a t-il une différence entre sorcier et mage ?

Y a t-il une différence entre sorcier et mage ?

Ecrit par : Victor Grouchko

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Le mage et le sorcier sont souvent différenciés, voir opposés, surtout quand l'un et l'autre sont associés aux notions de basse et haute magie, qui perdent de nombreux débutants. La différence entre les deux fait l'objet de nombreuses questions et cet article est l'occasion de vous donner mon opinion sur le sujet.

Les différences méthodologiques

La différence majeure entre ces deux ensembles de traditions ésotériques tient premièrement dans la manière qu'a le praticien d'aborder la pratique magique. Je crois qu' "être mage" ou "être sorcier" c'est vouloir s'identifier à un archétype, c'est à dire un modèle ou une figure idéale.

Le sorcier ou la sorcière est un praticien qui emploie un certain nombre de techniques, de formules, qu'il considère comme efficace, sans forcément chercher à étudier les mécanismes énergétique qu'il utilise. Un sorcier se fie plus à son intuition pour créer son rituel, non à un ensemble de règles et un cadre plus rigoureux que va s'imposer le mage. L'illustration parfaite de la sorcellerie à mon sens est ce qu'on appelle la magie des campagnes : un ensemble de techniques connues depuis des générations voir des siècles, généralement leguées au sein de la cellule famille, comme la technique de l'aiguillette, que l'on utilise sans vraiment chercher à comprendre comment cela fonctionne concrètement. On peut aussi citer les prières à différentes divinités, leguées par les aïeux et récitées sans vraiment remettre en cause le pourquoi ni le comment. La sorcellerie peut être aussi liée à un certain nombre de superstitions (sans notion péjorative) qui sont souvent liées à la culture, à la région ou au pays d'appartenance. On sait que les techniques que l'on utilise sont efficaces : et c'est très bien comme ça, le plus important ici reste de faire "ce que l'on sent de faire".

Le mage est aussi un praticien, mais qui va chercher à savoir et comprendre comment la magie fonctionne "sous le capot". C'est avant tout un chercheur, qui ne veut pas appliquer "bêtement" un rituel clé-en-main sans comprendre les forces et les lois qu'il utilise ainsi. Généralement, les mages s'astreignent à une pratique beaucoup plus cadrée, avec un certain nombre de règles et une méthodologie à respecter. La théorie tient une place aussi importante que la pratique. Cette rigueur est le reflet de leur exigence et de leur quête de compréhension des lois de l'Univers : ils ont conscience que réaliser un rituel magique sans bien comprendre toute sa portée symbolique ou technique peut nuire aux résultats qu'ils peuvent obtenir. Le mage cherche généralement à se rattacher à une tradition magique, comme la Golden Dawn, afin de bénéficier d'un fil d'Ariane, tissé par d'autres praticiens qui avant eux, ont suivi une initiation très semblable à la leur, créant une forme de transmission et de pérénité du savoir, perpétuellement enrichi sans chercher à ré-inventer la roue.

Dans les deux profils, le processus d'initiation et d'identification à une tradition spécifique sont possibles :

Certains sorciers s'initient au vaudou, à la Wicca, avec un certain nombre de rites de passages et d'évolutions sur une voie, même si une grande liberté en terme de pratiques et de forces utilisées persiste. Le cheminement est beaucoup plus le reflet de leur propre individualité, de leur propre vécu et sera très différent d'une personne à l'autre.

Dans le cas des mages, cette notion de filiation est généralement plus présente. On s'inscrit dans une lignée de praticiens partageant un tronc commun de pratiques, de rituels, de vision de l'Univers et de ses mécanismes (manière de considérer les différents plans magiques, le divin, etc.).

Dans les ordres magiques, la notion de hiérarchie et de paliers est aussi plus présente, à l'image de la Golden Dawn avec ses différents titres : néophyte, zelator, theoricus, practicus, philosophus, etc. Si une figure autoritaire domine souvent le groupe, la notion de grades intermédiaires joue souvent un rôle majeur pour témoigner de l'avancement et du mérite de chaque membre.

Dans les cercles de sorciers ou les covens, il y a souvent une hiérarchie beaucoup moins rigide, avec un grand prêtre/une grande prêtresse, une forme de régime autocratique (assez souvent un couple comme j'ai pu le voir), ou bien une structure plus applatie, collégiale et égalitaire (dans le cas d'un groupe d'amis par exemple).

Encore une fois, ce sont des tendances, pas une généralité.

A la lecture de cette section de l'article, certains se diront qu'ils sont entre les deux, ou que certains aspects de l'un ou l'autre des profils leur ressemble. C'est une vision très binaire que je vous présente, très archétypale, qui n'est pas le reflet de la réalité, mais de deux tendances, deux extrêmes. Certains sorciers cherchent à comprendre ce qui se passe en coulisse et certains mages utilisent aussi certains rituels ou formules sans vraiment comprendre ce qu'ils impliquent. Cette différenciation méthodologique et en terme de profilage est un peu rigide, elle ne permet pas simplement de "mettre des gens dans des cases", mais je pense qu'elle contient une part de vérité. La nature des énergies utilisées, comme nous allons le voir, me semble plus significatif.

Les différences en terme d'énergies utilisées

La différence entre magie et sorcellerie est ici beaucoup plus nette selon moi.

Les sorciers utilisent généralement beaucoup plus des énergies "basses", proches de la Nature. Leur rapport au divin se construit souvent autour de divinités, aux attributs et colorations multiples, ainsi qu'aux éléments (feu, air, eau, terre), aux contes et légendes (légendes Arthuriennes), ou encore aux êtres liés à la Nature (Petit Peuple). Je dirai que la sorcellerie est plutôt la "magie des tripes", très intuitive, beaucoup plus matérielle dans son essence. La pratique sorcière traite beaucoup plus des problèmes purement humains que spirituels. Le sorcier cherche avant tout à améliorer son quotidien, à résoudre ses problèmes terrestres, à s'épanouir en tant qu'être incarné. La finalité du chemin spirituel de beaucoup de sorciers relève plus de l'union avec la Nature, avec une forme de primalité, un retour aux sources, une compréhension du monde physique qui l'entoure. Cette quête se retrouve d'ailleurs dans les voies chamaniques, à titre d'illustration.

Les mages utilisent eux plutôt des énergies "hautes", plus abstraites et conceptuelles, associées à de grands archétypes et figures à la portée universelle. La représentation des Mondes, de l'Univers via l'Arbre de Vie de la Kabbale, avec ses sphères (Sephiroth au pluriel) est un bon exemple. Les mages ne se limitent que rarement à l'appréhension du monde terrestre seul : s'ils étudient les lois de la Nature et peuvent partager avec les sorciers leur amour des plantes, des minéraux ou des animaux, ils cherchent souvent à aller bien au-delà de cette représentation manifestée d'une partie de l'Univers. Les mages cherchent à appréhender le divin, vu plus généralement comme un Tout, parfois hiérarchisé, comme dans les courants judéo-chrétiens. Leur pratique est plus rigoureuse, car le travail avec ses sphères au-delà du terrestre nécessite un certain nombre de mises en conditions et une méthodologie se fiant moins à l'instinct qu'aux connaissances théoriques. La majorité des mages recherchent une forme d'union avec le divin, au-delà de la seule Nature manifestée. Les voies théurgiques sont très proches des sphères religieuses et en absorbent aussi de fait le goût du cérémoniel et ou des prières, canoniques ou issues de textes apocryphes. Notons que certains mages ne sont pas du tout religieux et travaillent avec une conception de l'Univers où le divin s'éloigne de l'image monothéiste. Certains autres praticiens, suivant les voies sénestres, qu'on appelle plus souvent les Arts Noirs, ne veulent pas de cette unification avec le divin et cherchent au contraire à faire persister leur âme après la mort en toute liberté, tout en ayant une pratique tout aussi cadrée et rigoureuse que les autres mages (avec une représentation des mondes chthoniens ou sombres, antinomiques, via l'Arbre de la Mort par exemple). Leur pratique reste de fait éloignée la sorcellerie, pouvant être considérée par certains comme trop terre à terre ou limitée.

Encore une fois, ce sont les grandes lignes, des grands ensembles comprenant une infinité de nuances selon les personnes. Mais nous avons ici, selon moi, une bonne représentation des courants de "basse magie" et de "haute magie", que je trouve un peu plus pertinent pour répondre au besoin de différencier sorcier et mage.

Alors, est-ce que l'on peut ne faire que l'un ou l'autre ? Non, en fait, des praticiens utilisent à la fois la haute magie et la basse magie, sorcellerie disons, selon leurs besoins. Pour des besoins plus terre à terre, la sorcellerie sera sans doute plus efficiente que la haute magie, qui est plus rigoureuse, alors qu'un rituel de haute magie sera lui plus efficient dans des domaines plus complexes dépassant la simple sphère terrestre.

Sorcier/sorcière : revendication identitaire ?

Il faut bien comprendre que le regain d'intérêt de notre siècle pour la sorcellerie n'est pas étranger à une évolution sociale et identitaire de notre temps. Pour certains, la figure de la sorcière ou du sorcier est un pied de nez à la société, une forme de rebellion contre la représentation humaine de la religion autrefois oppressive et aujourd'hui en perte de vitesse, ou encore contre une forme de bienséance. C'est aussi pour beaucoup une différenciation personnelle dans une société qui pousse à lisser les individualités.

La figure de la sorcière a gagné en popularité notamment avec la montée des mouvements féministes. La sorcière est l'archétype parfait de la femme forte, que l'on craint, indépendante, rebelle et duale, capable de faire autant le bien que le mal. Elle est souvent opposée à la figure de l'homme patriarcal.

Problème selon moi : la sorcellerie est devenue plus un fond de commerce, un effet de mode, qu'un réel mode de vie chez beaucoup de ceux qui se revendiquent comme tel. La sorcellerie moderne c'est "tendance" et cache plus une quête d'émancipation, de "bien être", de maîtrise de sa vie, plus qu'une quête spirituelle de rapprochement avec la Nature, qui n'est ni simplement belle et gentille, mais aussi terrible, implacable et déconnectée de la moralité humaine. Le marketing doucereux de la sorcière "gentille", à grand renfort de produits mignons ou "witchy", tend fortement à décridibiliser de fait la pratique occulte.

Dernier point (merci à Tata Steffy pour la remarque) : la sorcellerie a une image plutôt négative dans l'imagerie populaire tandis que celle du mage est plus positive. La sorcellerie ne peut se résumer à "magie noire" comme certains le pensent, encore une fois, ce qui importe n'est pas le comment le praticien fait, mais ce qu'il veut obtenir.

La différenciation est-elle vraiment importante ?

Il faut aller au-delà de cette politisation de l'ésotérisme : peu importe votre statut, sorcière, sorcier ou mage, l'important c'est ce que vous faîtes concrètement, pas l'étiquette que vous souhaitez vous coller sur le front.

Savoir si vous êtes plutôt mage ou sorcier n'est pas essentiel. Mais cela vous aidera peut être à discerner les différents courants majeurs au sein de l'occultisme et de trouver la voie qui vous correspond, qui ne collera sans doute jamais à 100% à la figure archétypale du mage ou du sorcier.

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Victor Grouchko

L'auteur : Victor Grouchko

Je suis occultiste et blogueur, passionné par l'ésotérisme depuis plus de 10 ans. Je travaille essentiellement avec l'astrologie magique, la cartomancie et les pratiques liées à la Golden Dawn.

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